LE SIFFLET : CRITIQUE D’UN VUVUZELA MALÉFIQUE

Après les très oubliables Le Sanctuaire et La Nonne – dont il n’a d’ailleurs pas signé la suite, probablement écarté après de nombreux reshoots supervisés par James WanCorin Hardy revient avec une nouvelle série B horrifique : Le Sifflet.

On ne va pas voir ce genre de film pour être surpris par son scénario. On sait déjà comment il va se dérouler.
En revanche, on espère toujours y trouver des idées de mise en scène, des trouvailles horrifiques capables de nous réveiller.

Ici, il n’y a ni l’un, ni l’autre.
Le problème, c’est que le film ne remplace jamais l’absence d’idées.

Beaucoup de bruit pour rien

On a bien évidemment une bande de lycéens qui tombe sur un objet maléfique. Ils déclenchent une malédiction qui va entraîner leur mort, les uns après les autres.

Sur le papier, on n’est pas très loin de Destination Finale.
Mais là où la saga trouvait son intérêt dans l’inventivité de ses morts, Le Sifflet semble avoir oublié que c’était précisément le seul intérêt du concept.

Si l’on peut pardonner des effets visuels inégaux – cela reste une série B avec un budget estimé à trois millions de dollars – on pardonne beaucoup moins l’absence totale d’idées.

Le réalisateur expédie tout : la mise en place, les scènes de tension, et même l’explication de la malédiction, qui surgit sans prévenir.

On en vient presque à se demander où sont passées les 1h45 de film.

Le scénario tente de s’appuyer sur une galerie de personnages stéréotypés — la survivante traumatisée, la fille populaire, le meilleur ami rejeté — sans jamais leur donner la moindre épaisseur.

L’objet n’est pas non plus exploité : en plus de ne pas utiliser son potentiel horrifique, il ne raconte rien.

Silence, ça n’a rien à dire

Même dans la série B, les films d’horreur racontent souvent quelque chose à travers leur monstre.

Michael Myers incarne une peur qui s’effrite à mesure que Laurie Strode cesse de le craindre.
Jordan Peele utilise l’horreur pour parler frontalement du racisme dans Get Out.
Et plus récemment, Emilie Blichfeldt proposait avec The Ugly Stepsister un véritable manifeste féministe à travers le body horror.

Le problème du Sifflet, c’est qu’il ne raconte rien.

Son objet aurait pourtant pu porter une idée. On pouvait imaginer une lecture autour de l’effacement des cultures amérindiennes, ou d’un héritage détourné et vidé de son sens.

Mais ici, le sifflet n’est qu’un déclencheur.
Un simple accessoire narratif qui sert à lancer la mécanique du film, sans jamais être interrogé.

Il ne symbolise rien, ne raconte rien, et n’apporte rien.

Au final, le film se résume à une succession d’adolescents qui meurent les uns après les autres.

Après des décennies de cinéma d’horreur, c’est un peu léger.
Et surtout, c’est frustrant.

Des acteurs meilleurs que leurs personnages

Un film d’horreur peut survivre à un scénario bancal. Beaucoup moins à des personnages mal écrits.

Nick Frost possède une vraie présence comique – même si elle est totalement absente ici. La scène qui lui est consacrée aurait pu être l’un des rares moments marquants du film.

Mais faute d’écriture et surtout de direction, elle devient rapidement inutile.

Elle ne sert qu’à introduire un groupe de personnages voués à disparaître. Elle ne fait ni peur, ni rire, et le professeur qu’il incarne finit simplement par devenir agaçant – sans jamais l’être de manière intentionnelle.

Dafne Keen, révélée dans Logan, confirme qu’elle est une actrice prometteuse. On sent qu’elle essaie de donner quelque chose à son personnage.

Mais le film ne lui en donne jamais l’occasion.

Avec très peu de matière, elle parvient malgré tout à exister à l’écran. Ce qui relève presque de la performance tant le personnage reste vide.

Et c’est là tout le problème.

Les acteurs ne sont pas mauvais.
Ils sont simplement abandonnés.

Sans écriture, sans direction, ils ne peuvent qu’enchaîner des dialogues creux et des réactions mécaniques.

Dans un film où l’on est censé suivre des personnages condamnés, c’est un défaut difficile à ignorer.

Le Sifflet est de ces films que l’on oublie avant même d’avoir quitté la salle. Si quelque chose vous en reste le lendemain, considérez ça comme un miracle.
Ni effrayant, ni drôle, ni même vraiment intéressant, le film accumule les mauvaises idées sans jamais en développer une seule. Un quasi sans-faute… dans le ratage.

Note : 3/10

Réalisation : Corin Hardy

Scénario : Owen Egerton

Directeur de la photographie : Björn Charpentier

Interprétation : Dafne Keen (Chrys Willet), Percy Hynes White (Noah Haggerty), Sophie Nélisse (Ellie Gains), Nick Frost (Mr. Craven)

Durée : 1h40

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