La danse des renards : critique d’un corps en chantier face à la masculinité

La boxe est sans doute l’un des sports les plus cinégéniques. C’est pour cela qu’elle revient régulièrement au cinéma.
Dans La danse des renards, Valéry Carnoy ne s’y intéresse pourtant qu’en surface. Elle n’est ici qu’un prétexte.
Le film suit un adolescent en sport-étude, promis à un grand avenir, dont la trajectoire dévie après un accident.
À partir de là, il ne s’agit plus de performer, mais de grandir.
Le corps change, les repères vacillent, et l’enfance laisse progressivement place à autre chose.
Au milieu d’un groupe de garçons, l’arrivée d’une fille vient révéler – presque malgré elle – la masculinité toxique dans laquelle ils évoluent.
La danse des renards est un coming of age qui évite plusieurs évidences du genre.

Un corps en chantier 

Camille est un boxeur promis à un grand avenir. Il doit participer aux championnats d’Europe, mais un accident vient briser cette trajectoire. Après une fracture du bras, il commence à avoir des douleurs fantômes.
Ce qui était acquis devient incertain. Encaisser, récupérer, se relever : rien ne va plus de soi.

Le film ne filme pas seulement un blessé. Il filme un corps en train de changer, de résister, parfois de céder.

Chez Valéry Carnoy, les corps sont centraux. La boxe n’est pas qu’un décor : elle impose une manière de regarder, de filmer, de ressentir. Des corps forts, exposés, mis à l’épreuve.
Celui de Samuel Kircher, impressionnant de présence physique, incarne cette tension.
Un corps d’athlète, solide en apparence, mais progressivement fragilisé.

C’est là que le film devient intéressant. Dans cet écart entre ce que le corps montre… et ce qu’il traverse, que ce soit avec ses douleurs ou ce qu’il va subir de la part de ses camarades. 

Apprendre à être dur 

Camille vit dans un monde de brutes sans s’en rendre compte. Avant son accident, il est au sommet de la chaîne alimentaire. Il est le meilleur boxeur de son école et personne ne pourrait le remettre en question.

Quand les défaites arrivent, tout vacille. Le regard des autres change, les rapports se durcissent. Car derrière la compétition, il y a autre chose. Une manière d’apprendre à être un homme. Camille ne correspond pas totalement à ce modèle. Sa sensibilité, son apparence, sa manière d’être le placent déjà légèrement en décalage.

Il va rencontrer Yas, une fille qui pratique le Taekwondo. Elle aussi joue avec ces codes, mais autrement. Plus librement. Leur rencontre crée une rupture, la compétition ne l’intéresse pas.
Un espace où la violence disparaît, où le regard des autres cesse d’exister. À côté du groupe, ils deviennent une forme d’équilibre. Un endroit où l’on peut exister sans performer.

Le film montre alors ce que ces adolescents reproduisent sans même en avoir conscience :
une masculinité transmise, héritée, rarement questionnée.

Camille et Yas font figure d’oasis. Un lieu de respiration dans un monde qui ne laisse pas beaucoup de place à la nuance. Ils se respectent et s’acceptent. Et c’est peut-être là que La danse des renards est le plus juste.
Dans cette manière de montrer que devenir un homme, ici, passe d’abord par apprendre à encaisser.

Regarder sans détours 

La réalisation reste très académique et parfois un peu maladroite. Mais ça n’abime en rien à la qualité globale du film. 

Le réalisateur belge filme les corps des athlètes avec élégance. Le film n’est jamais vulgaire et toujours juste. 

Avec La danse des renards, Valéry Carnoy signe un premier film maîtrisé, même si encore imparfait. La mise en scène reste parfois académique, notamment dans sa manière de découper certaines scènes ou de composer ses plans.
On sent par moments une certaine retenue, comme si le film n’osait pas toujours aller au bout de ses intentions. 

Mais cela n’enlève rien à l’essentiel. Carnoy filme ses personnages au plus près. Les corps, encore une fois, sont centraux. Ils sont observés avec attention, sans jamais être esthétisés à outrance.

Le film ne cherche pas à en faire trop. Il regarde, simplement. Et c’est précisément là qu’il trouve sa justesse.

La danse des renards est un film de passage. Le passage d’un corps, d’un âge, d’une manière d’être au monde. Si sa structure reste classique, Valéry Carnoy évite les pièges du coming of age en se concentrant sur l’essentiel : ses personnages, leurs transformations, et ce qui les relie. On pouvait craindre sa conclusion — souvent le point faible du genre — mais elle s’inscrit parfaitement dans la continuité du film. Un premier film sensible, juste, et déjà très affirmé.

Note : 8/10

Réalisation : Valéry Carnoy

Scénario : Valéry Carnoy

Directeur de la photographie : Arnaud Guez

Interprétation : Samuel Kircher (Camille), Fayçal Anaflous (Matteo), Jean-Baptiste Durand (Bogdan)

Durée : 1h34

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