Le diable s’habille en Prada 2 : un dressing vide

Le diable s’habille en Prada 2 est problématique sur plusieurs aspects. Si le film est fainéant et joue essentiellement sur la nostalgie, c’est surtout son manque de positionnement qui fait de lui un film raté. On peut ne pas apprécier le premier, mais il parle de la mode, il nous montre l’envers du décor. Il crée même avec Miranda Priestly un vrai méchant de cinéma. Le type de méchant que l’on ne voit que trop rarement. Si ici la méchante patronne est adoucie – ce qui n’est pas un problème dans le contexte – le film ne nous parle plus de mode, ni même de journalisme qui en devient le sujet principal. 

(L-R): Miranda Priestly (Meryl Streep) and Andie Sachs (Anne Hathaway) in 20th Century Studios’ THE DEVIL WEARS PRADA 2. Photo by Macall Polay. © 2025 20th Century Studios. All Rights Reserved.

Un film qui ne sait pas où il va

On ne nous cache pas de ce dont le film va parler. Andy Sachs – l’ancienne assistante de Miranda – est devenu une journaliste d’investigation qui – au moment de recevoir son Pulitzer – se fait licencier avec toute son équipe. 

Le sujet est clair, le monde de la presse est en plein boom, que ce soit l’arrivée des réseaux sociaux ou des influenceurs, la revue papier est en soins palliatifs. 

Une fois cela montré, le film s’égare dans des moments de nostalgie sans vraiment y aller jusqu’au bout. 

Il veut rester un vrai film et distille le souvenir de ce qu’il s’est passé deux décennies plus tôt sans vraiment aller au bout des relations. 

(L-R) Meryl Streep as Miranda Priestly and Stanley Tucci as Nigel Kipling in 20th Century Studios’ THE DEVIL WEARS PRADA 2. Photo by Macall Polay. © 2026 20th Century Studios. All Rights Reserved.

On aurait pourtant peut-être préféré voir d’avantage la relation entre Nigel et Miranda, si ça n’avait pas révolutionné le cinéma, le film nous aurait raconté quelque chose. 

Vive les clichés ! 

Quand on voit sa prémisse, on pourrait s’attendre à ce que le film défende le journalisme. Qu’il nous dise que l’investigation est importante. 

Non seulement il y est très loin, mais il véhicule en plus de cela des clichés sur les journalistes qui seraient des enfants gâtés qui voudraient des chauffeurs privés plutôt que des Uber par pur caprices. 

La réunion de rédaction dans laquelle une journaliste d’investigation reconnue de ses pairs et primée n’a pas le droit à la parole parce qu’elle n’a pas fait ses preuves dans cette rédaction. 

Le film nous fait oublier que la précarité et les coupe budgétaires dans le journalisme sont une réalité et que l’investigation ne s’est jamais aussi mal portée qu’aujourd’hui. 

Andy arrive dans cette rédaction pour redonner une crédibilité au journal, mais son travail visible se contente d’être de décrocher une interview pour Miranda et de savoir comment elle va sauver le journal. On est loin des vocations qu’a créées Les Hommes du président, où l’on suivait une vraie enquête, ses doutes, son temps long, ses impasses. 

On se demande donc comment il se positionne ? Quand on voit le positionnement de Disney (ndlr : producteur du film) face au journalisme, on peut en avoir une petite idée.  

En réalité, en dehors de ces clichés – avant tout présents pour faire rire le chaland – le film évacue très rapidement la question du journalisme. 

Anne Hathaway as Andy Sachs in 20th Century Studios’ THE DEVIL WEARS PRADA 2. Photo by Macall Polay. © 2026 20th Century Studios. All Rights Reserved.

S’il ne parle pas de journalisme, il doit forcément parler de mode ? 

Il évacue aussi la question très rapidement. On a toujours un fond de mode, mais on ne s’y attarde pas du tout. On nous vend des mannequins et des créateurs célèbres comme un placement de produit. On voit quelques pièces et marques pour nous rappeler qu’on est toujours dans le monde de la mode. On ne s’y attarde jamais vraiment, ça reste tout le long un sujet d’ambiance.  

Le premier film nous immergeait vraiment dans ce monde en montrant toutes les dérives qu’il pouvait y avoir à cette époque. La maigreur forcée, la violence du milieu, la destruction de la vie privée. On perd ici toute cette dimension. 

Une lionne devenue chaton 

Miranda Priestly, la vilaine boss de Runway, s’adoucit. Le monde change et elle avec. L’évolution du personnage est logique. Dans le premier film, elle est intouchable, elle fait la pluie et le beau temps dans le monde de la mode. Vingt ans plus tard, ce n’est plus le cas, la presse n’est plus toute puissante et si son magazine reste important, les réseaux sociaux dictent maintenant la bonne parole. Miranda doit donc adapter son comportement à ce nouveau monde.

On peut apercevoir certaines faiblesses dans le premier, dans le second, elle perd complètement pied. 

Elle se laisse aller à avoir des sentiments, elle s’allie à Andy, elle ouvre les yeux sur les gens qui l’entourent. 

C’est peut être le seul point intéressant du film. 

(L-R): Anne Hathaway as Andy Sachs and Meryl Streep as Miranda Priestly in 20th Century Studios’ THE DEVIL WEARS PRADA 2. Photo courtesy of 20th Century Studios. © 2026 20th Century Studios. All Rights Reserved.

Le diable s’habille en Prada 2 n’est pas un mauvais film parce qu’il est mal fait. Il est raté parce qu’il refuse de prendre position sur ce qu’il prétend regarder. Vingt ans après, la suite ne dit ni rien sur la mode, ni rien sur le journalisme, ni rien sur le monde qui a changé entre les deux — alors que le premier disait quelque chose sur les trois. La vraie question n’est pas si tu vas aimer le revoir une fois sorti du cinéma. C’est de savoir pourquoi ce film a été fait, et la seule réponse honnête, c’est qu’il n’avait pas besoin d’exister.

Note : 4/10

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