Reem Kherici fait des comédies populaires qui fonctionnent : son tempo comique est juste, ses films plaisent. Mais sa mise en scène n’a jamais été son point fort, c’est une raconteuse d’histoires plus qu’une cinéaste de plans. Avec Pour le plaisir, elle élargit son terrain : la comédie de couple devient comédie sociale.

Tout pour le plaisir
La réalisatrice est issue de la bande à fifi, troupe menée par Philippe Lacheau. On craint toujours un peu les films issus de ce collectif – même si Reem Kherici a toujours fait figure d’exception – le dernier étant Marsupilami, qui a réussi à être à la fois raciste et à transformer l’icône écologiste de Franquin en une pub pour une compagnie de croisière. Si on n’évite pas ici quelques clichés sur les femmes et quelques vannes un peu lourdes, le film se tient dans l’ensemble et arrive à transmettre son message.
Fanny (Alexandra Lamy) n’a jamais eu d’orgasme. Quand elle en parle à son mari Tom (François Cluzet), ingénieur, il a l’idée de lui fabriquer un sextoy qui aboutira au fameux Womanizer.

Librement inspiré des créateurs du jouet pour adulte, Kherici ne tombe jamais dans la vulgarité. Aidée par deux acteurs parfaitement castés qui ont déjà prouvé qu’ils pouvaient être juste dans des rôles similaires, elle signe une comédie drôle qui ouvre un sujet dont on parle (trop) peu dans ce genre de film.
Elle désacralise la sexualité, comme le répètent ses personnages plusieurs fois dans le film “aujourd’hui on peut parler librement de tout”. Là où le film est intéressant dans son sujet, c’est que même si le film est centré sur le plaisir féminin, qui est le plus gros tabou dans notre société, il montre aussi le point de vue du mari qui au bout de 20 ans apprend qu’il n’a jamais fait jouir sa femme.
S’il est évident que le sexisme et les hommes qui s’intéressent réellement au plaisir féminin reste une réalité, montrer les deux côtés de cette même pièce contribue à faire ouvrir les yeux sur le sujet.
Sans plaisir de réaliser
Les films de Reem Kherici ont une réalisation très reconnaissable. Sauf qu’ici, ce n’est pas dans le bon sens du terme. Les films de la réalisatrice se ressemblent tous, les mêmes mouvements de caméra très lent, les plans à la grue pour donner un effet “cinéma”. S’ils donnent effectivement cet effet, ils ne racontent pas grand chose de plus. La caméra est posée à un endroit comme elle pourrait être posée ailleurs, le seul choix qui est fait dans le découpage est un choix esthétique qui n’apporte pas grand chose au film.

Et même les plans qui pourraient raconter quelque chose, comme ceux de Tom qui travaille dans son atelier, sont tellement génériques qu’ils en deviennent presque clichés.
On pourrait faire la même critique sur tout le reste. La direction d’acteurs semble absente, Alexandra Lamy et François Cluzet sont portés par leur talent mais pas par celui de la réalisatrice. Le montage est parfois incompréhensible, on sent que certaines vannes sont là parce qu’elles ont fait rire pendant la post prod mais elles cassent le rythme du film. La photographie sans être raté est quand même un peu plate, elle n’a aucune personnalité.
Tout dans le film est accessoire, est juste présent pour raconter l’histoire, pour faire rire, sans y contribuer.
En dehors de ce qu’il raconte, Pour le plaisir est loin d’être une réussite cinématographique.
Pour le plaisir est un film qui apporte un sujet très intéressant dans une comédie populaire qui remplira les salles sans difficulté. Il aurait pu être une grande comédie sociale, il reste une comédie populaire correcte qui se sauve par son sujet plus que par son cinéma.
Note : 4/10