Victor comme tout le monde : Luchini dans le miroir de Victor Hugo

Victor comme tout le monde est un anti-biopic consacré à Victor Hugo. Le film fonctionne comme une double mise en abyme. Fabrice Luchini y incarne Robert Zucchini, une sorte de double de lui-même tel qu’il aurait pu être dans un univers parallèle.
Zucchini est, comme Luchini, un immense admirateur de Hugo. Sa vie fait aussi, d’une certaine manière, écho à celle de l’écrivain.

Une histoire sur Victor Hugo pas comme les autres

Le film de Pascal Bonitzer parle de Victor Hugo à plusieurs niveaux. Il raconte l’histoire de Robert Zucchini, qui apprend la mort de la mère de sa fille. Une fille qu’il a quittée lorsqu’elle était enfant et qu’il n’a jamais revue depuis.

C’est le point de départ d’une tentative de reconquête. En parallèle, il prépare un one-man-show consacré à Victor Hugo, spectacle qui va ponctuer le film.

Si le film parle explicitement de l’écrivain — dont Zucchini raconte la vie sur scène — le personnage fonctionne aussi comme un miroir de Hugo.

Hugo a perdu sa fille Léopoldine à l’âge de 19 ans, victime d’une noyade. Il mettra plusieurs années à se remettre de ce drame et en portera les traces toute sa vie.

Zucchini, lui, a perdu sa fille d’une autre manière : par lâcheté. Il l’a abandonnée lorsqu’elle était bébé.

Les deux hommes ont alors un même refuge, le travail.

L’acteur, obsédé par son métier, trouve pourtant une issue en renouant avec sa fille. Pour la première fois de sa vie, quelque chose devient plus important que son travail.

L’art de Victor Hugo au centre du film

Si Sophie Fillières et Bonitzer racontent la vie de l’écrivain, ce sont avant tout ses textes qui sont mis en avant.

Luchini ayant lui-même un spectacle dans lequel il lit Hugo, il était forcément familier de l’exercice demandé par le film. Et l’on ressent très clairement la passion qu’a l’acteur pour l’auteur.

La frontière entre Luchini et Zucchini devient parfois floue. On peut même se demander lequel des deux parle réellement.

C’est ce qui rend l’acteur magnifique dans ce rôle. Il n’a presque plus besoin de jouer certaines scènes, ce qui lui permet d’être parfaitement juste dans tout le reste.

Il nous fait redécouvrir Victor Hugo. Il en discute avec les amis de sa fille, remet en question certaines de ses certitudes… et, par la même occasion, les nôtres.

À la fin du film, on connaît sans doute mieux la pensée de Victor Hugo qu’après certains biopics qui lui sont consacrés.

Pour son dernier scénario — la réalisatrice et scénariste étant décédée en 2023 — Sophie Fillières signe un film à la fois émouvant et drôle. Très bien mis en scène par Pascal Bonitzer, le père de ses enfants, le film trouve d’ailleurs un certain écho dans cette histoire. Victor comme tout le monde apparaît finalement comme une lettre d’amour à Victor Hugo, portée par un Fabrice Luchini des grands jours.

Note : 7/10

Réalisation : Pascal Bonitzer

Scénario : Sophie Fillières

Directeur de la photographie : Yves Angelo

Interprétation : Fabrice Luchini (Robert Zucchini), Marie Narbonne (Lisbeth), Chiara Mastroianni (Annabelle)

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