Harry Lighton s’est fait remarquer avec son court métrage Wren Boys, sélectionné aux BAFTA et à Sundance. C’est donc avec beaucoup de curiosité que l’on attendait son premier long métrage, Pillion.
Dans cette comédie romantico-dramatique homoérotique, le réalisateur explore les rapports de domination au sein du couple. L’intrigue se déroule dans une communauté de motards gays, et le titre du film y fait directement référence : en anglais, le pillion désigne le passager arrière d’une moto. Dans ce contexte, le terme suggère également un rapport de soumission.

Mais derrière cet univers très codifié, le film raconte quelque chose de beaucoup plus universel. Avec Pillion, Harry Lighton montre qu’une relation jugée extrême peut parfois être bien plus saine qu’un couple considéré comme normal.
Une vraie comédie romantique
Sous ses airs parfois graves, Pillion possède en réalité tous les codes de la comédie romantique.
Derrière le rapport de domination entre Ray (Alexander Skarsgård) et Colin (Harry Melling) s’installe une véritable histoire d’amour. Comme les parents de Colin, on pourrait avoir du mal à comprendre comment leur fils peut y trouver son compte. Ray lui parle mal, le fait dormir sur un tapis au pied du lit et ils n’ont même pas le droit de manger ensemble.
Pourtant, Colin est heureux. Il tombe amoureux de Ray dès le premier regard et accepte pleinement cette relation.

Mais c’est surtout dans la manière de filmer leur relation que le film épouse les codes de la romance : un gros plan sur un regard amoureux, une caresse furtive parce qu’interdite, ou encore un plan large qui traduit la jalousie de Colin.
Tout, dans le film, raconte l’amour — et d’une manière bien plus universelle que ce que son point de départ pourrait laisser penser.
Pillion… mais pas seulement
Si peu d’entre nous sont directement concernés – les clubs de motards gays aux sexualités alternatives restant très marginaux – le film parle en réalité de tous les couples.
Lighton choisit de montrer une relation radicale dans son rapport de domination, mais ce type de dynamique existe sous des formes beaucoup plus diffuses dans de nombreux couples.
Dans celui de Ray et Colin, la domination est centrale mais le fonctionnement est clair : les règles sont établies, chacun connaît sa place et les deux partenaires semblent heureux dans leurs rôles.

À l’inverse, les parents de Colin, qui incarnent un couple parfaitement “classique”, apparaissent finalement bien plus dysfonctionnels.
La scène du repas familial illustre parfaitement ce contraste. La mère de Colin reproche à Ray la manière dont il parle à son fils. Ray lui répond simplement :
« C’est parce que ça ne vous est pas destiné. »
Une homophobie conditionnelle
La mère de Colin semble pourtant ouverte à l’homosexualité de son fils. Le film commence même avec un rendez-vous qu’elle lui a organisé avec un autre homme.
Mais cette acceptation disparaît dès que la relation de Colin sort du cadre qu’elle avait imaginé.
Lorsque son fils devient le partenaire soumis d’un homme, peu importe qu’il soit heureux, cette forme de sexualité ne lui convient plus.
En poussant ce trait à l’extrême, Harry Lighton montre que l’acceptation de l’homosexualité reste souvent conditionnelle. Derrière un discours d’ouverture, certaines formes de rejet persistent.
D’un extrême à l’autre
L’une des forces du film réside également dans sa capacité à naviguer entre des registres très différents.
On passe d’un moment familial presque banal à une scène de sexe très crue en quelques secondes. Pourtant, ces transitions ne paraissent jamais gratuites.
Les moments d’humour qui surgissent au cœur des scènes de domination pourraient frôler la parodie, mais Harry Lighton parvient toujours à rester juste, aussi bien dans son écriture que dans sa mise en scène.
Il est également aidé par un casting parfaitement choisi. La bande de bikers est en grande partie composée d’acteurs amateurs rencontrés par le réalisateur pendant la préparation du film. Leur présence apporte une véritable authenticité à cet univers.

Pour un premier long métrage, Harry Lighton signe une grande réussite. Grâce à un Harry Melling remarquable et à un Alexander Skarsgård extrêmement charismatique, le couple formé par Ray et Colin échappe toujours à la caricature.
Drôle, romantique et parfois dérangeant, Pillion est un film touchant qui ne laisse jamais vraiment indifférent.
Note : 9/10

Réalisation : Harry Lighton
Scénario : Harry Lighton
Directeur de la photographie : Nick Morris
Interprétation : Alexander Skarsgård (Ray), Harry Melling (Colin)