Marty Supreme : la confirmation d’un génie

Quand un duo de réalisateurs se sépare, c’est souvent la fin d’un équilibre. On assiste à la disparition d’une entité et à la naissance de deux trajectoires incertaines. Souvent, ça ne fonctionne pas vraiment, et quand ça fonctionne, ce n’est plus du tout ce que pouvait faire le duo – on peut prendre l’exemple des frères Farelly, après leur séparation Peter à réalisé Green Book, oscar du meilleur film 2019. Loin des comédies potaches qui ont fait leur réputation.

Les frères Safdie, eux, semblent faire figure d’exception.

Leur dernier film réalisé à deux, Uncut Gems (2019), reste sans doute leur chef-d’œuvre commun. En 2025, Benny revient avec The Smashing Machine, film fidèle à leurs obsessions, mais légèrement moins inspiré formellement. Et en ce début d’année 2026, Josh signe Marty Supreme. Un film qui ne ressemble pas seulement aux œuvres des Safdie, il les dépasse.

Une continuité assumée

Comparer Marty Supreme au film de Benny Safdie sorti quelques mois plus tôt est inévitable. Les deux frères ont choisi un sportif comme figure centrale. Les deux interrogent la défaite, l’obsession, l’autodestruction. Et les deux situent une partie de leur récit autour d’un sport populaire au Japon, avec un passage par le pays nippon. La coïncidence est trop forte pour être ignorée.

Quand j’évoquais The Smashing Machine, je disais que le film conservait les obsessions des Safdie, mais que la réalisation, malgré une caméra épaule fidèle à leur signature, semblait moins inspirée. Le dispositif était là, mais l’énergie manquait. En revanche, la direction d’acteur de Dwayne Johnson était exceptionnelle, donnant au film sa véritable force.

Dans Marty Supreme, c’est l’inverse. On retrouve pleinement ce qui faisait la puissance de Good Time et Uncut Gems. La caméra reste portée, mais elle n’est jamais décorative ni mécanique, elle est constamment au service du récit. Elle épouse le rythme du personnage, elle crée la tension, elle ne la force jamais. C’est peut-être la mise en scène la plus aboutie que l’on ait vue dans le cinéma des deux frères.

Un jour je serais le meilleur pongiste !

Et surtout, là où The Smashing Machine peinait à faire émerger toute la complexité de son protagoniste – parce que le film nous poussait à trop l’aimer – Marty Supreme construit un personnage infiniment plus profond. Marty Mauser est d’une densité rare, et ce rôle est sans doute l’un des plus grands de la carrière de Timothée Chalamet.

Chalamet au sommet

Timothée Chalamet livre ici l’un des plus grands rôles de sa carrière.

Il s’est préparé pendant des années pour incarner Marty Mauser, jeune juif du Lower East Side, déterminé à s’extirper d’une condition sociale qui le condamne à l’invisibilité. Le film ne ralentit jamais, il avance à une vitesse constante, presque épuisante, à l’image de son personnage.

Marty ne veut pas simplement gagner. Il veut exister.
Passer de vendeur de chaussures sans avenir à champion du monde de tennis de table.

Plus il tombe, plus il se relève. Plus il s’humilie, plus il se reconstruit. Chalamet incarne cette trajectoire avec une intensité rare, sans jamais chercher la performance démonstrative. Il habite le rôle.

Autour de lui, le casting est audacieux Gwyneth Paltrow, de retour après une longue absence, Odessa A’zion, Tyler, The Creator Okonma, Kevin O’Leary. Un assemblage inattendu qui fonctionne pourtant parfaitement.

Le film où tout s’aligne

Mais si Marty Supreme est un grand film, ce n’est pas seulement pour la performance de Chalamet. C’est parce qu’il marque une évolution.

Chez les Safdie, la tension a toujours été organique, presque suffocante. Ici, elle est maîtrisée. Le chaos est structuré. Le montage ne cherche plus uniquement l’urgence, il trouve le rythme juste. La caméra ne tremble pas pour exister, elle respire avec le personnage.

Josh Safdie transforme l’énergie brute de ses films précédents en véritable contrôle. Il ne perd rien de la fièvre, mais il gagne en précision.

Marty Supreme n’est pas seulement un grand film. C’est peut-être le film qui révèle pleinement le cinéma de Josh Safdie. Celui où la frénésie devient langage, où l’obsession devient architecture, où le style atteint une forme d’équilibre parfait. 

Avec Marty Supreme, Josh Safdie signe sans doute le film le plus abouti de sa carrière. En mêlant portrait d’un sportif obsédé par la réussite, réflexion sur l’identité et mise en scène parfaitement maitrisée. Porté par une performance majeure de Timothée Chalamet, ce drame sportif nerveux et intense confirme que la séparation du duo n’a rien enlevé au génie de Josh Safdie, elle l’a affiné. Un grand film, et l’un des sommets de ce début d’année 2026.

Note : 10/10

1 réflexion sur “Marty Supreme : la confirmation d’un génie”

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