Le crime du 3ᵉ étage : trop de Hitchcock tue Hitchcock

2026 n’est clairement pas l’année des films méta. Après l’échec complet de Scream 7, Le crime du 3ᵉ étage de Rémi Bezançon tente lui aussi de jouer avec les codes du genre. Le film veut nous emmener dans une intrigue hitchcockienne… tout en sachant qu’il est dans une intrigue hitchcockienne.

Mais à force de rappeler au spectateur qu’il regarde un film, il finit surtout par ressembler à un mauvais Scream plutôt qu’à un hommage à Alfred Hitchcock.

Regarde, un mauvais scénario

Un film qui se perd dans le méta

Laetitia Casta incarne Colette Coureau, professeure dans une école de cinéma et spécialiste d’Hitchcock. Gilles Lellouche joue un écrivain de romans policiers à la manière d’Agatha Christie. Ensemble, ils forment un couple qui commence à mener une enquête sur leurs voisins en les observant depuis leur fenêtre.

Le principe évoque immédiatement Fenêtre sur cour. Mais le film ne fait jamais confiance à son spectateur.

Au cas où l’on oublierait que le film se veut “méta”, le scénario nous le rappelle constamment : Colette passe son temps à chercher son MacGuffin – un terme qu’elle semble elle-même ne pas comprendre – tandis que le personnage de Lellouche répète régulièrement : « On n’est pas dans un film ».

Guillaume Gallienne s’y met également en expliquant qu’un bon film repose avant tout sur un bon méchant… avant que Lellouche ne rappelle à nouveau que, non, nous ne sommes pas dans un film.

« Je te jure on est pas dans un film ! »

Il ne se passe pas cinq minutes sans qu’une référence à Hitchcock ne soit citée ou montrée. Jusqu’à ce qu’un faux Hitchcock apparaisse pour expliquer directement au spectateur la scène qui se déroule sous ses yeux.

Tout cinéphile aime certainement le cinéma du maître du suspense. Mais ici, le film finit par rendre ces références insupportables.

Des personnages au mieux insignifiants

Le film voudrait pourtant raconter une histoire d’amour.

Car derrière l’enquête, le véritable enjeu est de savoir si le couple formé par Colette et son compagnon peut survivre.

Sur le papier, on pourrait s’attacher à ces deux personnages. Mais ils sont tellement mal écrits et incarnés qu’il devient difficile d’y croire.

Gilles Lellouche est sans doute le seul à s’en sortir à peu près. Son personnage est un écrivain qui vit ses histoires en les écrivant. Le film nous plonge alors dans de petites scènes où il incarne lui-même son détective.

Ces séquences n’apportent pourtant rien au récit. Elles sont visuellement assez laides et donnent surtout l’impression de détourner le film de son intrigue principale.

Quant au personnage interprété par Guillaume Gallienne, il reste étonnamment creux. Malgré une scène impressionnante où il récite Shakespeare à toute vitesse, on peine à comprendre ce que l’acteur de la comédie française est venu faire dans ce film. Son personnage est le MacGuffin que cherche Colette tout le long du film. Mais elle se trompe de film. Elle n’est pas dans un film de suspense mais dans une comédie de remariage. 

On est heureux !

Un film d’easter eggs

Rémi Bezançon semble surtout vouloir multiplier les références.

Pas seulement à Hitchcock, mais au cinéma en général – et même à ses propres films. Ces clins d’œil ne sont jamais subtils : ils sont constamment soulignés pour être sûrs que le spectateur ne les manque pas.

À force d’accumuler ces références, le film oublie l’essentiel : raconter une histoire.

L’enquête n’a plus d’intérêt, la romance non plus. Tout semble sacrifié au profit d’easter eggs à peine dissimulés.

« Et voilà tout ce qui ne doit pas être fait dans un film »

Rémi Bezançon voulait faire un thriller hitchcockien. Le pari est raté. Mais s’il voulait faire une comédie romantique sur un couple qui tente de se sauver, le pari l’est tout autant. Avec une Laetitia Casta souvent agaçante et un Gilles Lellouche qui peine à sauver son personnage, Le crime du 3ᵉ étage devient un film long et fatigant. À force de montrer ses références, il finit surtout par rappeler ce qu’il n’est jamais : un bon film.

Note : 3/10

Réalisation : Rémi Bezançon

Scénario : Rémi Bezançon

Directeur de la photographie : Pierre Cottereau

Interprétation : Gilles Lellouche (François Tarnowski), Laetitia Casta (Colette Courreau), Guillaume Galienne (Yann Kerbec)

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