« Être ou ne pas être, telle est la question. »
Avec Scarlet et l’éternité, Mamoru Hosoda propose une relecture libre de Hamlet. Dans cette version, le prince danois devient Scarlet, la fille du roi du Danemark. Après l’assassinat de son père par son oncle, elle plonge dans le royaume des morts dans lequel elle va vouloir accomplir sa vengeance.

Mais contrairement à la pièce de William Shakespeare, le fantôme du roi ne réclame pas la vengeance. Il demande à sa fille de pardonner.
Un renversement majeur qui aurait pu profondément transformer le récit. Mais encore aurait-il fallu que le personnage parvienne réellement à exister.
Une héroïne paradoxale
Après la mort de son père, Scarlet s’entraîne à l’épée pour devenir une grande combattante. Le film insiste même sur ce point : elle serait devenue une experte.

Pourtant, dès qu’elle doit se battre, elle se retrouve systématiquement sauvée par un homme.
Ce décalage devient rapidement difficile à comprendre. Scarlet est censée être une redoutable épéiste, mais elle se fait régulièrement secourir par un infirmier du XXIᵉ siècle qui n’a aucune expérience du combat.
Le film ne cherche évidemment pas à proposer un manifeste féministe. Mais il devient étrange de construire un personnage présenté comme puissant pour le placer constamment en position de faiblesse, surtout quand il s’agit d’un personnage féminin.
Cette contradiction empêche Scarlet d’exister pleinement comme héroïne.

Une structure presque vidéoludique
Le film semble clairement emprunter certains codes au jeu vidéo. Le passage visuel de la 2D à la 3D lorsque Scarlet arrive dans ce monde n’est probablement pas anodin. Il souligne qu’elle n’y appartient pas vraiment. Ce monde devient une sorte de refuge, comme un adolescent pourrait se réfugier dans un jeu vidéo après un drame. Scarlet fuit la réalité dans cet univers où tout fonctionne selon une logique de quête, d’ennemis à affronter et de boss à vaincre.
Mais cette logique finit par rendre le film trop linéaire.

Scarlet enchaîne les étapes comme dans un RPG : une quête, puis un affrontement, puis un nouveau boss, jusqu’au combat final.
Ce qui est déjà un défaut dans certains jeux vidéo devient ici celui du film.
L’idée aurait pu être intéressante. Mais cette progression est tellement linéaire qu’elle finit par rendre le récit totalement prévisible.
Dès que l’on comprend la logique du film, on devine exactement ce qui va se passer et dans quel ordre.
La révélation du message du roi – qui demande à sa fille de pardonner – annonce déjà la conclusion. Le film déroule alors son histoire sans véritable détour ni surprise.

Une morale trop naïve
Le choix de transformer le fantôme du roi est pourtant une idée forte.
Dans Hamlet, il exige la vengeance. Ici, il réclame le pardon.
Mais plus le film avance vers cette idée, plus il adopte un ton naïf.
Certaines scènes fonctionnent pourtant très bien. Notamment lorsque le peuple, non guerrier, comprend qu’il ne pourra rien obtenir sans combattre. Scarlet rejoint alors leur lutte, non plus comme une princesse, mais comme l’une des leurs.
Ces moments montrent ce que le film aurait pu être.
Mais le message finit par devenir trop explicatif. À force de simplifier son propos, le récit finit par se résumer à une morale un peu facile : la guerre est mauvaise et Scarlet devra y mettre fin.

Comme souvent chez Mamoru Hosoda, Scarlet et l’éternité est un film visuellement très réussi. Mais derrière cette beauté formelle, le film peine à transformer ses idées en véritable récit. Entre une héroïne mal exploitée, une structure trop linéaire et un message parfois naïf, le film laisse une impression d’inachevé. Scarlet et l’éternitéreste un projet plein de bonnes idées… mais des idées qui ne sont jamais pleinement exploitées.
Note : 5/10

Réalisation : Mamoru Hosoda
Scénario : Mamoru Hosoda
Interprétation : Mana Ashida (Scarlet) Masaki Okada (Hijiri), Masachika Ichimura (Amulet)
Durée : 110 minutes