Pixar n’est plus le maître du cinéma d’animation 3D qu’il a été pendant plus de vingt ans.
Le studio a longtemps dominé le genre grâce à une chose que peu de films d’animation occidentaux proposaient encore à l’époque : une véritable profondeur émotionnelle et thématique derrière des histoires simples.
Avec Jumpers, arrivé cette semaine dans nos salles, Pixar livre une nouvelle fois un film visuellement impressionnant. Mais derrière cette prouesse technique, il manque ce qui faisait la force de leurs œuvres les plus marquantes, un message fort capable de rester en tête bien après la fin du film.
Pixar a longtemps raconté aux enfants qu’ils pouvaient changer le monde. Avec Jumpers, le studio semble désormais leur apprendre à négocier avec lui.

La prouesse technique
Jumpers est très réussi visuellement. L’animation est l’une des plus abouties du studio, qui avait déjà placé la barre très haut.
La qualité de l’animation est indéniable, mais c’est surtout dans certaines idées que le film brille vraiment.
L’une des plus marquantes étant l’anthropomorphisme des animaux lorsque Mabel est dans le robot. À l’inverse, les humains voient les animaux avec de petits yeux noirs, comme des animaux plus « réels ».
Cette inversion de point de vue est une idée simple mais efficace.
Nous avions déjà eu droit à un message écologiste dans WALL-E. Le sujet ayant pris une ampleur considérable en vingt ans, on pouvait s’attendre à ce que le film soit lui aussi plus puissant.
Une fable écologique classique
Jumpers raconte l’histoire de Mabel, une adolescente qui se bat contre le maire de sa ville pour défendre une clairière. Pour y parvenir, elle tente d’y faire revenir les animaux.
Elle découvre par hasard que sa professeure de science mène des expériences pour étudier les animaux dans leur habitat naturel en transférant son esprit dans un robot castor semblable en tout point à un vrai.
C’est elle qui va prendre le contrôle de ce robot, un peu « comme dans Avatar ».

On est face à une fable écologique assez classique. Mais Pixar nous a déjà prouvé qu’il pouvait faire de grandes choses avec une base très simple.
Il y a ici plusieurs idées intéressantes.
Les animaux forment un tout dont nous faisons également partie – même les humains – et qui rappelle qu’on ne peut pas détruire un écosystème sans conséquences.
L’antagoniste lui-même n’est pas caricatural.
Le maire, apprécié de ses administrés, agit avant tout pour répondre aux attentes de ses électeurs. Il utilise des procédés discutables, mais il n’est jamais présenté comme un méchant absolu.

Ce n’est pas une mauvaise chose de montrer cela aux enfants.
Le problème du film arrive ailleurs.
Le problème du compromis
Lorsque Mabel appelle les animaux à se révolter, le conseil des animaux — autre idée amusante du film, chaque grande espèce étant représentée par un roi — décide d’éliminer le roi des humains.

Pour montrer que toutes les violences se valent, le film change alors d’antagoniste.
Jerry, le maire, devient progressivement le personnage à protéger.
Il affirme pourtant qu’il n’abandonnera jamais son projet de rocade. Mais il rejoint tout de même le camp des gentils.
Le film aboutit alors à un compromis : la route est déviée et la clairière devient une zone protégée.
Mabel est finalement reléguée au rang de personnage capricieux, presque égoïste.
Son combat pour la nature se transforme en simple attachement sentimental au souvenir de sa grand-mère.

Un message douteux
Nous vivons une période difficile, sur le plan écologique comme politique.
Disney a longtemps su faire rêver les enfants. Ses films ont souvent donné envie de croire que le monde pouvait changer. Certains ont même pu créer des vocations chez certains enfants.
Ici, le film raconte autre chose.
Les gentils ne gagnent pas.
Ils négocient.
Et plus que de ne pas gagner, ils finissent par accepter de sacrifier une autre partie de la forêt pour sauver la leur.
Le film n’apprend plus aux enfants à vouloir sauver le monde ou à vouloir changer les choses.
Il leur apprend à accepter les compromis.
Dans le contexte actuel, ce message est peut-être plus lourd de sens qu’il n’y paraît.

Jumpers est un film mignon, réussi sur plusieurs aspects.
Sur certains points, c’est même l’un des Pixar les plus intéressants depuis longtemps. Mais le studio semble avoir abandonné ce qui faisait la force de ses films. Sans être raté, Jumpers est surtout un film qui ne restera probablement pas très longtemps dans les mémoires.
Note 6/10

Réalisateur : Daniel Chong
Scénario : Jesse Andrews
Société de Production : Pixar Animation Studios
Société de Distributuon : Walt Disney Studios Motion Pictures