Deux des étoiles montantes d’Hollywood se retrouvent dans Le son des souvenirs, réalisé par Oliver Hermanus. Paul Mescal et Josh O’Connor y vivent une histoire d’amour dans l’Amérique de l’entre-deux-guerres.
Tout semblait réuni pour une grande romance tragique. Un amour interdit, une époque où l’homosexualité est encore taboue et un film qui promettait de faire de la musique et du son le cœur de son récit.
Mais très vite, une impression s’impose : le film n’ose jamais aller au bout de son histoire d’amour.
Et c’est ce qui finit par l’empêcher de nous emporter.

Une romance trop timide
Si Paul Mescal et Josh O’Connor jouent à merveille, le couple qu’ils incarnent n’est jamais complètement convaincant.
Il y a pourtant quelques moments très touchants entre les deux personnages. L’un qui va laver les chaussettes de l’autre. L’autre qui ramasse les plumes de son oreiller pendant une longue marche avant de le rembourrer en secret.
Mais on a l’impression qu’Oliver Hermanus n’a jamais voulu aller trop loin dans ce qu’il montre. Comme s’il avait encore peur de choquer son public avec une certaine sensualité homosexuelle.

C’est d’autant plus étonnant que les deux acteurs ont déjà joué des scènes homosexuelles très fortes au cinéma — Paul Mescal dans Sans jamais nous connaître et Josh O’Connor dans Challengers. Des scènes très sensuelles sans être forcément explicites.
Ici, les moments de tendresse sont furtifs et presque toujours les mêmes, filmés de la même manière, très plate. On a l’impression que le film n’assume jamais complètement son idée.
Un récit qui se perd
Il est difficile d’identifier l’histoire que veut vraiment nous raconter le réalisateur.
D’un côté, il semble vouloir parler de la difficulté d’être homosexuel à cette époque. Les personnages eux-mêmes n’envisagent jamais de vivre leur histoire au-delà de ce voyage.
Mais dans le film, cette hostilité n’est jamais vraiment là. Plusieurs personnes comprennent l’homosexualité de Lionel sans que cela provoque de conflit ou de stigmatisation. On perd donc une partie de ce propos.

Même dans la construction de David, personnage profondément dépressif, l’origine du malaise reste floue. Est-ce son orientation sexuelle ? La guerre ? Probablement les deux. Mais l’accumulation finit par diluer l’idée.
La seconde partie change encore de direction. Elle se concentre davantage sur l’amour perdu et les regrets que sur la difficulté d’être homosexuel à cette époque.
Le film donne donc parfois l’impression de chercher son sujet.
Une mise en scène sans relief
Le film est rythmé par une voix off qui nous rappelle constamment qu’on nous raconte une histoire. Et cela finit par alourdir le récit. On n’a pas envie qu’on nous raconte cette histoire, on voudrait simplement la vivre.
La mise en scène d’Oliver Hermanus reste très simple. Il montre ce qu’il doit montrer, mais sans chercher à aller plus loin. Il ne joue ni avec la profondeur de champ, ni avec les valeurs de plans, ni avec la manière de mettre ses personnages en scène.
Rien ne semble vraiment chercher à nous dire quelque chose que le film ne nous montre pas déjà explicitement.
Le plus regrettable reste le travail sur le son. Tout le principe du film repose sur une histoire d’amour liée à la musique et à l’écoute. Pourtant, en dehors de quelques chansons partagées, rien ne vient vraiment nous emporter par le son.
Un comble pour un film qui s’intitule Le son des souvenirs.
Avec Le son des souvenirs, Oliver Hermanus signe un film porté par deux acteurs magnifiques et quelques beaux moments d’intimité. Mais le film reste trop timide et trop hésitant pour marquer durablement. On passe un moment agréable sans jamais vraiment vibrer avec les deux amants. Un film que l’on oubliera probablement assez vite.
Note : 5/10

Réalisation : Oliver Hermanus
Scénario : Ben Shattuck et Oliver Hermanus
Chef Opérateur : Alexander Dynan
Interprétation : Paul Mescal (Lionel), Josh O’connor (David)