Après avoir été condamné à une peine de prison avec sursis en Iran, Saeed Roustaee a accepté de se plier aux règles du régime pour tourner Woman & Child. La nouvelle avait de quoi inquiéter. Le cinéaste, très critique envers le pouvoir dans Leila et ses frères, pouvait-il encore faire un film percutant sous surveillance officielle ?
Au même moment, Jafar Panahi présentait à Cannes un film tourné clandestinement, Un simple accident, qui remportait la Palme d’or. Deux manières opposées de continuer à faire du cinéma dans un pays où filmer est déjà un acte politique.
Dans ce contexte, Woman & Child ressemble presque à une contradiction.
Et pourtant, Roustaee parvient encore à surprendre.

Le portrait d’une femme
Le film suit Mahnaz, infirmière à Téhéran, mère de deux enfants qu’elle élève avec sa sœur et sa propre mère. Elle entretient une relation avec Hamid, un homme qui insiste pour l’épouser. Elle refuse, puis finit par céder. Mais il impose une condition : que ses enfants restent cachés à la famille de son futur mari.
Avec cette situation simple, Roustaee dit déjà beaucoup.

Mahnaz devient peu à peu le symbole d’une femme que l’on enferme dans des règles sociales et familiales qui ne sont pas les siennes. Une femme que l’on pousse à se taire, à s’adapter, à disparaître derrière les attentes des autres.
C’est là que le film trouve sa force.
Un cinéma sous surveillance
Mais les contraintes imposées au réalisateur se ressentent. Les femmes restent voilées jusque dans leur lit, les corps ne se touchent jamais, les relations semblent filtrées par des règles invisibles. Par moments, la situation frôle même l’absurde.
Le film aurait sans doute été différent s’il avait été tourné hors de ce cadre. Plus frontal, plus violent peut-être. Ici, la critique passe encore, mais elle est plus contenue.
Roustaee n’abandonne pas son regard, mais il doit le canaliser.
Et cela rend le film moins percutant que La Loi de Téhéran ou Leila et ses frères.
Un grand réalisateur malgré tout
Malgré ces limites, Roustaee reste un grand cinéaste. Sa mise en scène est toujours précise et sa direction d’acteurs impressionnante.

Parinaz Izadyar est bouleversante dans ce rôle de mère prise au piège d’un système qui semble impossible à combattre. Face à elle, Payman Maadi, acteur fétiche du réalisateur, est méconnaissable. Il compose un personnage toxique, presque cruel, qui semble prendre plaisir à détruire peu à peu la vie de Mahnaz.
Le reste du casting est à la hauteur, porté par une direction d’acteurs d’une grande précision.
Woman & Child n’est peut-être pas le film le plus puissant de Saeed Roustaee. Mais même sous contrainte, le réalisateur parvient encore à livrer un film solide, porté par des acteurs remarquables et un regard qui n’a pas totalement disparu.
Et dans le cinéma iranien actuel, continuer à filmer ainsi est déjà une forme de résistance.
Note : 7/10

Réalisation : Saeed Roustaee
Scénario : Saeed Roustaee
Chef Opérateur : Adib Sobhani
Interprétation : Parinaz Izadyar (Mahnaz), Payman Maadi (Hamid), Soha Niasti (Mehri)