Depuis quelques années, Internet est devenu une étrange école de cinéma. Sur YouTube, certains apprennent le montage, d’autres la narration, quelques-uns la mise en scène. Mais rares sont ceux qui franchissent réellement le pas du long métrage. Avec Iron Lung, le créateur américain Mark Fischbach – plus connu sous le pseudonyme Markiplier – tente l’expérience.

Le projet a de quoi intriguer. Autofinancé, écrit, réalisé, interprété et même distribué par son auteur, le film dispose d’un budget d’environ trois millions de dollars. Une somme importante pour une production indépendante, mais modeste pour un film de science-fiction. Surtout, Fischbach n’a jamais travaillé dans l’industrie cinématographique. Iron Lung est donc à la fois un film et une expérience, celle d’un créateur issu d’Internet qui tente de transformer sa passion en cinéma.
Et dès les premières minutes, une chose est évidente, on est face à un film sincère.
Adapter un jeu minimaliste
Le film adapte le jeu vidéo Iron Lung, œuvre indépendante devenue culte dans certains cercles. Le principe est simple : un prisonnier pilote un petit sous-marin pour explorer un océan de sang sur une lune après la rafle silencieuse – événement qui a vu disparaître la quasi-totalité de l’humanité et des étoiles. Un espace clos, une atmosphère oppressante et quelques fragments de récit suffisent à créer une expérience mémorable.
Transposer cela au cinéma est un défi. Le jeu repose sur le minimalisme ; un film, lui, doit construire un récit.

Fischbach multiplie donc les idées pour étoffer l’histoire : communications avec la surface, fragments de passé pour son personnage, tentative d’élargir l’univers du jeu. Sur le papier, l’intention est louable. Certaines propositions fonctionnent même assez bien et montrent un vrai respect pour l’œuvre originale.
Mais très vite, le film révèle ses limites. À force d’ajouter des éléments, le récit s’alourdit. Les flashbacks censés enrichir le protagoniste n’apportent pas grand-chose et ralentissent le rythme. En voulant transformer un jeu minimaliste en long métrage de deux heures, Iron Lung perd parfois ce qui faisait la force de son point de départ : la simplicité.
Enfermé dans l’Iron Lung
La quasi-totalité du film se déroule dans le submersible qui donne son nom à l’œuvre. Sur le papier, l’idée est excellente : un espace minuscule, isolé, coupé du monde, parfait pour installer une tension claustrophobe.
Pourtant, cette promesse n’est qu’en partie tenue. La mise en scène peine parfois à exploiter pleinement cet enfermement. Les gros plans sur la condensation ou les parois métalliques servent davantage de transitions que de véritables outils de tension.

Et pourtant, par moments, quelque chose apparaît. Fischbach montre clairement ses influences et certaines séquences semblent directement inspirées du cinéma de Sam Raimi : gros plans agressifs, visions cauchemardesques, effets de montage abrupts. Ces instants sont parmi les plus réussis du film. Ils laissent entrevoir un réalisateur en train d’apprendre.
Un film porté par son créateur
Mark Fischbach incarne lui-même le pilote Simon, présent dans presque chaque plan. L’exercice est risqué. Il s’en sort correctement, mais l’expérience d’un acteur professionnel aurait sans doute apporté davantage de nuances à un rôle aussi central.
Cette limite résume finalement assez bien le film : la passion est évidente, mais la maîtrise n’est pas encore totalement là.
Une tentative sincère
Iron Lung est un film imparfait. Son écriture est parfois maladroite, son rythme irrégulier, et certaines idées restent sous-exploitées. Pourtant, il possède quelque chose que beaucoup de productions plus solides ont perdu : une véritable sincérité.
À une époque où une grande partie du cinéma américain semble calibrée par des logiques industrielles, voir un projet aussi personnel existe presque comme une anomalie.
Le film ne prouve pas que YouTube peut remplacer le cinéma. Mais il montre qu’une autre génération tente déjà de s’en approcher.
Et parfois, c’est déjà intéressant.
Avec Iron Lung, le youtubeur Markiplier transforme le jeu vidéo de David Szymanski en film indépendant autofinancé. L’expérience est sincère, parfois inspirée, mais révèle aussi les limites d’un créateur qui découvre encore le langage du cinéma. Un projet fascinant plus pour ce qu’il représente que pour ce qu’il réussit vraiment.
Note : 6/10.