Retour à Silent Hill : le retour d’un cauchemar que l’on aurait préféré oublier
Silent Hill est l’une des sagas les plus mythiques du jeu vidéo. Et, fait suffisamment rare pour être souligné, elle fait aussi partie des très rares franchises à avoir connu une adaptation cinématographique respectable. En 2006, Christophe Gans, grand fan de la licence, parvenait à livrer un film imparfait mais sincère, visuellement marquant et étonnamment fidèle à l’esprit des jeux. Un alignement de planètes, un studio prêt à investir un budget conséquent, une vraie liberté artistique et un réalisateur habité par son sujet.
On attendait donc, presque vingt ans plus tard, Retour à Silent Hill avec un mélange d’espoir et d’appréhension. Silent Hill : Révélation 3D étant un traumatisme collectif que l’on préférerait effacer de nos mémoires, le retour de Gans à la mise en scène avait tout du possible rattrapage. Mais très vite, le film dissipe toute illusion.
Le budget, d’abord, divisé par deux, passant d’environ 50 millions de dollars pour le premier film à 23 millions pour celui-ci. Une mauvaise nouvelle, certes, mais loin d’être rédhibitoire. Le vrai signal d’alarme vient plutôt du casting, avec Jeremy Irvine en tête d’affiche, dont les faits d’armes les plus notables se résument à La Dame en noir 2 et à un rôle secondaire dans Outlander: Blood of My Blood. Difficile d’imaginer l’acteur porter sur ses épaules l’adaptation de Silent Hill 2, l’un des épisodes les plus aimés de la saga.
Et dès les premières minutes, le doute se transforme en certitude, Retour à Silent Hill ressemble davantage à un téléfilm du mercredi après-midi sur M6 qu’à une œuvre de cinéma.
Si les acteurs n’arrangent rien, le principal responsable de cette impression désastreuse reste la photographie. Le film est tout simplement laid, du début à la fin. L’étalonnage, d’une agressivité constante, donne l’impression d’un rendu artificiel évoquant une mauvaise cinématique de jeu vidéo en 3D, sans jamais parvenir à créer la moindre atmosphère. Les scènes de dialogue, notamment celles mettant en scène la psy au téléphone, atteignent des sommets de laideur visuelle tout en sabotant le peu de mystère que le film tente d’installer, allant jusqu’à spoiler une large partie de ses enjeux.
La narration n’arrange évidemment rien. Le choix d’une voix off, parfois pertinent dans d’autres contextes, alourdit ici un récit déjà maladroit et confère au film un aspect cheap dont il ne se débarrassera jamais. Les acteurs évoluent dans un scénario mal écrit, aux dialogues laborieux, et peinent à exister autrement que comme de simples vecteurs d’exposition. Comme si cela ne suffisait pas, le film se voit constamment parasité par des flashbacks envahissants, coupant toute tentative de tension et donnant au spectateur l’envie paradoxale d’être lui-même achevé par l’une des créatures croisées à l’écran.
Le bestiaire constituait pourtant l’une des grandes forces du premier Silent Hill. Ici, Christophe Gans semble vouloir trop en faire. À force d’accumuler les références et les apparitions de monstres iconiques, il échoue à leur insuffler la moindre âme. Tout défile trop vite, sans impact, sans peur, sans poids symbolique. Et même si ces séquences avaient été mieux construites, elles auraient de toute façon été plombées par des effets visuels indignes, rappelant davantage un mauvais film de série B des années 90 qu’un film d’horreur contemporain.
À ce désastre visuel s’ajoute un problème plus inattendu, mais tout aussi révélateur, les effets pratiques. Là où le cinéma de Christophe Gans s’est longtemps distingué par son goût du tangible, du maquillage et des textures concrètes, Retour à Silent Hill donne l’impression d’un travail bâclé jusque dans les détails les plus élémentaires. La fausse barbe du personnage principal, dont la colle est parfois visible à l’écran, devient malgré elle le symbole d’un film qui ne croit plus à sa propre illusion.
Il existe des mauvais films auxquels on peut reconnaître un certain charme, une forme de maladresse attachante ou un plaisir coupable. Retour à Silent Hill n’en fait pas partie. Scénario indigent, acteurs à la dérive, mise en scène sans vision, esthétique catastrophique, rien ne fonctionne. Le film échoue aussi bien comme adaptation que comme œuvre autonome, et transforme le retour tant espéré d’un réalisateur autrefois inspiré en un pénible constat d’échec.
Un conseil : fuyez.
Note : 2/10