Gourou de Yann Gozlan
En moins de six mois, Yann Gozlan aura sorti deux films. Un rythme de série Netflix, mais avec l’ambition du thriller de cinéma. Après l’accident industriel Dalloway, tentative maladroite de thriller techno autour de l’IA, le réalisateur revient déjà avec Gourou, en salles le 28 janvier 2026. Aux commandes, on retrouve Pierre Niney, fidèle parmi les fidèles, pour une troisième collaboration qui sonne comme une nouvelle variation sur un thème bien connu chez Gozlan : la chute d’un homme brillant, sûr de lui, et persuadé d’avoir raison contre le reste du monde.
Cette fois, Niney incarne Mathieu Vasseur, alias Coach Matt, gourou du bien-être et du développement personnel, figure ultra-lisse du coaching à l’américaine, dont l’empire commence à vaciller lorsqu’une commission sénatoriale s’intéresse de près à sa profession. Sur le papier, Gourou promet un thriller politique tendu sur les dérives sectaires et l’emprise de ces nouveaux prophètes modernes. Reste une question : après avoir su captiver avec Boîte noire, Yann Gozlan a-t-il enfin retrouvé le bon angle… ou s’enferme-t-il une nouvelle fois dans ses obsessions ?
Très vite, Yann Gozlan abandonne son point de départ pour replonger, une fois encore, dans la spirale paranoïaque de son personnage. Plutôt que de proposer une véritable critique des dérives du coaching et de ses mécanismes d’emprise, Gourou adopte le point de vue de Matt, présenté comme un homme persuadé de bien faire, mais progressivement dépassé par la peur de tout perdre face à l’ingérence de l’État. Si le spectateur comprend immédiatement, dès l’ouverture du film, pourquoi une sénatrice cherche à encadrer cette profession aux contours flous, le personnage incarné par Pierre Niney semble, lui, sincèrement convaincu de la légitimité de son projet, sans intention sectaire affichée. À mesure que le récit avance, sa paranoïa s’intensifie, le rendant de plus en plus manipulateur et violent, sans que le film ne parvienne jamais à clarifier sa position, au point où je n’en suis pas encore convaincu au moment où j’écris ces lignes.
Une fois cela dit, le film n’est pas aussi abominable que Dalloway et on peut quand même lui trouver quelques qualités. Déjà, pour lever l’éléphant dans la pièce, Pierre Niney est évidemment, comme très souvent, formidable dans ce rôle de coach, il incarne parfaitement ce personnage à mi-chemin entre leader charismatique et grand fidèle de son modèle américain.
Là où le film se montre plus juste, et surtout plus lisible dans son propos, c’est lorsqu’il révèle que Matt n’est finalement qu’un maillon parmi d’autres d’un système pyramidal bien plus vaste. Un engrenage auto-reproducteur, où chaque coach est le produit d’un mentor plus puissant et engendre à son tour une armée de disciples prêts à tout pour reproduire les codes, les méthodes et le discours de leur idole. Dans ces moments-là, Gourou esquisse enfin une critique pertinente de ces mécaniques d’emprise modernes, laissant entrevoir le film qu’il aurait pu, et sans doute dû être.
Gourou confirme malheureusement ce que l’on commençait à craindre chez Yann Gozlan : une vraie maîtrise de la montée en tension, mais une incapacité persistante à aller au bout de ses idées. À force de vouloir transformer ses sujets de société en descentes psychologiques individuelles, le réalisateur finit par neutraliser toute portée politique de son récit. Reste alors un film porté par un Pierre Niney impeccable, prisonnier d’un thriller qui hésite constamment entre dénoncer un système… et excuser celui qui en profite. Une occasion manquée de plus, qui laisse l’impression que Gozlan filme la paranoïa bien mieux que le réel.
———————————————————————————————————— Note : 5/10