James L. Brooks n’a pas signé que des chefs-d’œuvre, mais il a toujours su toucher un public. De Pour le pire et pour le meilleur à Comment Savoir, son cinéma a toujours trouvé un écho, notamment en France. La déprogrammation mondiale d’Ella McCay, annoncée seulement deux semaines avant sa sortie française – et seulement après un premier week-end d’exploitation aux États-Unis – a donc surpris.

Qu’un studio décide aujourd’hui de se priver des recettes salles, aussi modestes soient-elles, marque déjà un tournant inquiétant. Mais qu’un film soit retiré de l’affiche aussi brutalement pose une question plus large : voit-on finalement arriver l’obsolescence des salles ?
Le moyen budget (Au alentours de 40 millions USD) était déjà en train de disparaître des salles au profit des plateformes, ce fait en marque peut être définitivement son coup d’arrêt.
Et c’est d’autant plus regrettable qu’Ella McCay est un bon film. Un film qui aurait sans doute trouvé son public, notamment en Europe.
Ella Mckay : La politique optimiste
On peut comprendre les réticences autour du film. Dans un contexte où la vie politique américaine semble dominée par la polarisation, la manipulation et la brutalité rhétorique, proposer le portrait d’une jeune gouverneure intègre, idéaliste et profondément humaine peut paraître naïf.
Ella McCay est pleine d’espoir. Elle croit encore que la politique peut servir à aider les gens. Le contraste avec l’actualité est frappant. On pourrait se demander si James L. Brooks a réellement saisi les enjeux contemporains.
Je pense au contraire que oui.

Le film ne nie pas la corruption systémique ni les compromis nécessaires. Mais il choisit de montrer une autre possibilité : une politique imparfaite, mais encore animée par une forme d’éthique. Ce n’est pas un film frontal, ce n’est pas une satire féroce. C’est un contrepoint. Une respiration.
Et cette respiration fait du bien.
Un retour assumé aux années 90
Si l’intrigue se déroule au début des années 2000, c’est surtout dans sa mise en scène que le film évoque les années 90. Brooks retrouve la grammaire des comédies dramatiques typiques de cette période, des dialogues vifs, une caméra discrète, une attention constante aux dynamiques familiales.
Ce choix esthétique n’est pas anodin. Là où une partie du discours politique actuel instrumentalise la nostalgie pour alimenter la peur et le repli, Ella McCay mobilise cette même nostalgie pour produire l’effet inverse : rassurer, apaiser, réhumaniser.
Le film assume son classicisme. Et ce classicisme devient presque un geste politique.
Un casting solide au service du film
Pour incarner Ella McCay, Emma Mackey trouve un rôle à sa mesure. Elle apporte à son personnage la fragilité et la détermination nécessaires, sans tomber dans l’angélisme.

Autour d’elle, le casting joue lui aussi sur une forme de continuité générationnelle,
Jamie Lee Curtis incarne une tante bienveillante et pragmatique, personnage support que l’on a déjà pu voir des dizaines de fois dans ce genre de film, tandis que Woody Harrelson campe un père toxique en quête de rédemption. Tous deux apportent leur solidité, leur sens du rythme et leur force comique en ajoutant une forme de nostalgie – tous deux étant des figures des années 90.
L’ensemble fonctionne avec naturel.
Ella McCay n’est pas un film parfait. Son optimisme pourra sembler trop appuyé à certains, son classicisme un peu daté à d’autres. Mais c’est précisément ce qui fait sa singularité aujourd’hui. Dans un paysage saturé de cynisme et de récits anxiogènes, James L. Brooks signe un film chaleureux, maîtrisé et profondément humain. À 85 ans, il livre l’un de ses films les plus aboutis. La déprogrammation en salle est regrettable. Mais le film mérite d’être découvert.
Note : 8/10